Humanités Littérature et Philosophie

Justice en scène

Par ELODIE FUCHS, publié le jeudi 27 mars 2025 17:29 - Mis à jour le jeudi 27 mars 2025 17:30
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Mardi 18 mars, les élèves de Terminales HLP ont assisté à l'Estive à "Léviathan", spectacle très attendu de Lorraine de Sagazan, créé à Avignon l'été dernier. Un choc théâtral.

Sur le thème des comparutions immédiates, et appuyés sur une solide documentation, Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix proposent avec Léviathan d'abord un choc visuel, puis une réflexion sur les dysfonctionnements d'une certaine forme de justice. 

Ces élèves de HLP avaient déjà travaillé sur le thème de la justice l'an passé, en allant assister à une session du tribunal correctionnel, et en voyant deux films de prétoire, Anatomie d'une chute et Le procès Goldman. Ce spectacle s'inscrit donc pour eux dans tout un parcours de réflexion intellectuelle et citoyenne sur le pouvoir de la parole et la question de la violence.

Passé le choc visuel éprouvé lors de la représentation, les avis ont été partagés, certains trouvant le spectacle particulièrement riche, d'autres un peu indigeste. Voici quelques uns de leurs avis : 

« Léviathan aborde le thème de la justice. Mais comment parler de celle-ci sans traiter pléthore d’autres thèmes? Ainsi la pièce aborde la discrimination de classe, la soumission aux institutions qui enferme les personnages dans un rôle prédéfini, la qualité plus que discutable de l’administration française, les rapports familiaux, la solitude dans laquelle sont plongés les prévenus. La pièce fait ressortir toute la complexité des comparutions immédiates qui loin d’être « froides » et objectives, sont un amalgame de sentiments humains. (…) Le dramaturge démontre ici que rien ne va. Toute la pièce nous fait ressentir l’absurdité, l’inhumanité de ces condamnations, et si nous rentrons dans la salle en ignorant tout de la procédure de comparution immédiate, nous ressortons révoltés contre cela, comme on devine que les metteurs en scène ont été révoltés par ce à quoi ils ont assisté dans de vrais tribunaux. » Lucie

« Cette pièce se passe lors de comparutions immédiates, mettant en scène un personnel de justice portant un masque, pour masquer leur incapacité à exercer leur fonction en gardant leur humanité, et des robes marquant le fait qu’ils sont des agents de la justice. Sous leur joug comparaissent plusieurs citoyens, portant des collants sur leurs visages, ressemblant à des poupées de tissus, poupées du grand théâtre de la justice française. Un seul personnage reste lui-même, à visage découvert, sans déguisement, tel un narrateur. Il conte cette tragédie absurde où l’humanité a disparu. » Alix

« Ce manque d’empathie et d’écoute est illustré par des choix de mise en scène marquants, tels que la mise en scène d’un étalon, qui, dans sa liberté totale, se déplace sans aucune contrainte sur le plateau de terre. L’animal, symbole de force et de liberté, est en totale opposition avec les comédiens, qui sont eux bloqués dans un système oppressant. Cette présence pousse le spectateur à s’interroger. Selon moi, ce cheval, qui évolue librement contrairement aux hommes figés, incarne une forme de révolte silencieuse face à l’autorité et à l’injustice du système judiciaire. » Fanny

« Le sujet me parle, principalement celui des troubles mentaux et de leur non prise en compte. Je trouve que la pièce nous plonge dans un univers finalement injuste. La saturation ainsi que la tension m’ont tenue en alerte, avide d’informations. L’ambiance était tellement pesante que j’ai eu l’impression au début qu’il s’agissait d’une pièce horrifique, et pas seulement réaliste et pathétique. » Janelle

« Le point inquiétant est que cette pièce, au sujet déjà connu du public, ne donne pas de réelle solution au problème qu’est le fonctionnement de l’institution judiciaire française. Je pense qu’il aurait fallu plus développer l’aspect solution et alternative pour donner de l’espoir. J’aurais aimé par exemple en apprendre d’avantage sur la justice réparatrice. » Zia